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À Boris Pasternak,

Dis-tance : des verstes, des milliers…
On nous a dis-persés, dé-liés,
Pour qu’on se tienne bien : trans-plantés
Sur la terre à deux extrémités.

Dis-tance : des verstes, des espaces…
On nous a dessoudés, déplacés,
Disjoint les bras - deux crucifixions,
Ne sachant que c’était la fusion

De talents et de tendons noués…
Non désaccordés : déshonorés,
Désordonnés…
Mur et trou de glaise.
Écartés on nous a, tels deux aigles -

Conjurés : des verstes, des espaces…
Non décomposés : dépaysés.
Aux gîtes perdus de la planète
Déposés - deux orphelins qu’on jette !

Quel mois de mars, non mais quelle date ?!
Nous a défaits, tel un jeu de cartes !

24 mars 1925.
Marine Tsvetaïeva.

"Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible."

~ Pindare, Troisième Pythique.

"Que savons-nous ? Qui parle ? Nous nous cognons dans le noir ; nous sommes dans le surnaturel jusqu’au cou. Nous jouons à cache-cache avec les dieux. Nous ne savons rien, rien, rien."

~ Jean Cocteau, Orphée
Anna-Elisabeth, comtesse de Noailles, par Ph. Alexius de Laszlo, 1913.

Anna-Elisabeth, comtesse de Noailles, par Ph. Alexius de Laszlo, 1913.

Vassily Kandinsky, Auf Weiss II, 1923.

J’ai appris à me battre avec la toile, à la connaître comme un être résistant à mon désir (= mon rêve), et à la soumettre à ce désir par la violence. D’abord elle est là, comme une vierge pure et chaste au regard clair, à la joie céleste, cette toile pure qui est elle-même aussi belle qu’un tableau. Ensuite survient le pinceau plein d’espérance qui, tantôt ici, tantôt là, la conquiert peu à peu avec toute l’énergie qui lui est propre, comme un colon européen lorsqu’à travers la sauvage Vierge Nature, à laquelle personne ne toucha jamais, il se fraye un passage à la hache, à la bêche, au marteau, à la scie pour la plier à son désir.
Kandinsky, Regards vers le passé.

Vassily Kandinsky, Auf Weiss II, 1923.

J’ai appris à me battre avec la toile, à la connaître comme un être résistant à mon désir (= mon rêve), et à la soumettre à ce désir par la violence. D’abord elle est là, comme une vierge pure et chaste au regard clair, à la joie céleste, cette toile pure qui est elle-même aussi belle qu’un tableau. Ensuite survient le pinceau plein d’espérance qui, tantôt ici, tantôt là, la conquiert peu à peu avec toute l’énergie qui lui est propre, comme un colon européen lorsqu’à travers la sauvage Vierge Nature, à laquelle personne ne toucha jamais, il se fraye un passage à la hache, à la bêche, au marteau, à la scie pour la plier à son désir.

Kandinsky, Regards vers le passé.

"Je veux faire avec toi ce que le printemps fait avec les cerisiers."

~ Pablo Neruda