juin 2013
7 billets
Et la mort passe par vagues successives. Les gens sont retournés, pliés en deux à l’envers, arrachés de leurs sièges, comme les dents sont arrachées des crânes, les gens sont aveuglés, leurs corps projetés dans l’atmosphère contre le plafond et puis chassés à l’arrière de l’avion, s’écrasant contre les autres passagers qui hurlent, tandis que des morceaux d’aluminium ne cessent de se détacher du fuselage, de tournoyer dans l’avion bondé et de découper des membres, et le sang se met à tourbillonner partout, les gens en sont trempés, le crachent par la bouche, clignent les paupières pour le chasser de leurs yeux, et puis un énorme pan de métal vole à travers la cabine et scalpe une rangée entière de passagers, leur découpant le sommet du crâne, tandis qu’un autre éclat traverse le visage d’une jeune femme, lui coupant la tête en deux mais sans la tuer vraiment.
- Glamorama, Bret Easton Ellis.
Comme un rosaire
s’égrène
pour le repos
d’une âme
mes nuits s’en vont
par cinq
dans un silence
de monastère
hanté
- Léon Gontran Damas.
avril 2013
18 billets
C’est une révélation que d’être insulté, méprisé publiquement. On fait la connaissance de certains mots qui n’étaient jusqu’alors que des accessoires de tragédie et dont on se voit tout d’un coup affublé, accablé. On n’est peut-être plus celui qu’on croyait. On n’est plus celui que l’on savait, mais celui que les autres croient connaître, reconnaître pour tel ou tel, si quelqu’un a pu penser cela de moi, c’est qu’il y a quelque vérité là-dessous. On essaie d’abord de prétendre que ce n’est pas vrai, que ce n’est qu’un masque, une robe de théâtre qu’on vient de jeter sur vous par dérision et on veut les arracher, mais non : ils adhèrent tellement qu’ils sont déjà votre visage et votre chair et c’est soi-même qu’on déchire, en voulant s’en dépouiller.
- Marcel Jouhandeau, De l’abjection.
Ô vous, si tendres, cheminant parfois
parmi le souffle qui ne vous est rien,
laissez qu’il se divise sur vos joues ;
après vous, il frémit, puis se rejoint.
Ô vous les bienheureux, ô vous les saufs
qui semblez le commencement du coeur,
votre sourire, arc et but de la flèche,
a plus d’éclat éternel dans les pleurs.
Souffrir, ne le redoutez point : rendez
ce poids à la terrestre pesanteur.
Lourdes sont les montagnes, lourdes les mers,
et les arbres plantés quand vous étiez petits
sont devenus depuis longtemps trop lourds
pour que vous le portiez. Mais l’air… Mais les espaces…
- Rainer Maria Rilke, Les Sonnets à Orphée (4).